top of page

Cuisine haut de gamme dans les Yvelines : combien ça coûte vraiment ?

12 oct.
8 min de lecture

Pourquoi deux cuisines qui se ressemblent peuvent-elles coûter du simple au double ? Clémence Weil, architecte d'intérieur dans les Yvelines, répond sans détour : budget de départ, postes qui font grimper la facture, et ce que « sur mesure » veut vraiment dire.


L'essentiel


  • Pour une maison familiale de 5 à 6 personnes : comptez une base de 25 000 € HT, fourniture et pose des éléments de cuisine, hors sol, luminaires, sièges, déco et peinture.

  • En photo, deux cuisines se ressemblent ; en vrai, tout se joue sur les matières, les caissons, la quincaillerie et les façades.

  • Le poste sur lequel ne jamais lésiner : le poseur.

  • Où économiser : les caissons et les aménagements intérieurs, qui ne se voient pas.

  • Une cuisine IKEA peut paraître haut de gamme si tout ce qui l'entoure est chic : crédence, mitigeur, sol, luminaires.

  • La dépense la plus inutile : payer une marque.


Une belle cuisine sur mesure, ça coûte combien ?


C'est une question hyper complexe, parce que ça dépend évidemment de la taille de la cuisine. Mais je vais vous donner mon repère. Prenons une maison familiale, où il faut une cuisine confortable pour 5 à 6 personnes. Si on veut une jolie cuisine, sur laquelle on peut vraiment travailler une esthétique, je pars toujours sur une base de 25 000 € HT. Et ça, avant même de parler de fournisseur.


Attention, ces 25 000 €, c'est juste la cuisine : la fourniture et la pose des éléments. On ne parle pas du revêtement de sol, des luminaires, des tabourets de bar ou des chaises, de la décoration, ni de la peinture murale à reprendre dans la pièce.



Rendu 3D d’une cuisine ouverte avec îlot conçue par une architecte d’intérieur

Pourquoi deux cuisines qui se ressemblent en photo peuvent-elles avoir 20 000 € d'écart ?


Déjà, en photo, on ne voit pas le détail des matières. Aujourd'hui, certains fabricants de plans de travail en stratifié imitent très bien la pierre. En photo, ça ne se voit pas. En vrai, ce n'est évidemment pas la même qualité : un plan de travail en pierre est beaucoup plus cher qu'un stratifié, et beaucoup plus durable.


Ensuite, en photo, on ne voit pas l'intérieur des placards. Certains fabricants font des caissons avec des matériaux spécifiques à l'intérieur, et des agencements particuliers : tiroirs complexes, colonnes coulissantes, portes escamotables… Tout ça fait monter le prix.


Il y a aussi l'épaisseur des caissons. Les panneaux font 16 mm chez IKEA, contre 18 à 20 mm chez les fournisseurs haut de gamme, ce qui est considéré comme plus qualitatif. Personnellement, je ne vois pas vraiment la différence, mais c'est un critère.


Et puis il y a la quincaillerie : charnières, coulisses de tiroirs. Chez IKEA, elle vient de l'entrée de gamme de Blum, un grand quincaillier autrichien. Les fournisseurs haut de gamme proposent des gammes Blum supérieures, ou d'autres quincailliers plus chers, souvent allemands.


Enfin, la qualité des façades. Prenons la laque mate : il existe deux procédés. Le premier consiste à laquer les faces puis les champs, et on voit une petite jonction, très discrète, entre les deux. Le second, c'est la laque intégrale : toute la façade est recouverte d'un seul et même film de laque. C'est plus qualitatif, et plus cher.


Autre différence importante, qui peut changer considérablement le prix : certains fournisseurs livrent les caissons et les tiroirs déjà montés. Ça facilite la pose, réduit le temps de pose, et donc son coût. Chez IKEA, tout arrive en kit.


Résultat, les écarts peuvent être énormes. Et parfois, ils ne tiennent même pas à la cuisine elle-même, mais à la marque : j'y reviens à la fin.


Et le « sur mesure », ça change quoi ?


C'est l'autre grande différence. Quasiment tous les cuisinistes fonctionnent de la même manière : ils ont un catalogue de caissons et d'aménagements standardisés. Selon la gamme du cuisiniste, ces agencements sont plus ou moins haut de gamme, avec plus ou moins de choix de coloris et de designs de façade.


Mais pour qu'une cuisine s'intègre parfaitement à une maison, il faut aller plus loin. Est-ce qu'on met des fileurs en haut, jusqu'au plafond ? Est-ce que les murs sont bien d'équerre ? Est-ce qu'il y a des éclairages à revoir ? Faut-il ajouter des niches sur mesure pour combler les espaces que les éléments standards ne peuvent pas remplir ? A-t-on envie d'étagères ouvertes ? Ce sont tous ces détails qui font d'une cuisine une cuisine haut de gamme.


Cuisine sur mesure vert sapin avec plan de travail effet marbre et suspensions en verre

S'il n'y avait qu'un poste sur lequel ne pas lésiner ?


La pose. Le poseur de la cuisine. Une cuisine très qualitative mal posée ne sera jamais une belle cuisine. Un bon poseur, lui, trouvera des solutions avec n'importe quelle cuisine pour que tout soit nickel : les fileurs bien calibrés, les caissons et les façades parfaitement alignés. Ça fait vraiment la différence.


Et où peut-on faire des économies sans que ça se voie ?


Clairement sur les caissons et les aménagements intérieurs, justement parce qu'ils ne se voient pas. Si on a un budget serré mais un objectif esthétique fort, la vraie économie est là. On privilégie les placards aux tiroirs : les tiroirs, c'est hyper pratique, mais c'est cher.


Plomberie, électricité, dépose, sol, peinture : les coûts qu'on oublie ?


Ça dépend vraiment de tout ce qu'il y a à faire. Si la pièce est plutôt propre, que l'évier reste à sa place et que la maison est en bon état, ce ne sont pas des coûts énormes. Mais si la maison est très abîmée, qu'il faut tout reprendre et déplacer la plomberie et l'électricité, évidemment, la facture monte.


Là-dessus, je ne donne pas de fourchette : les tarifs des artisans varient trop d'une région à l'autre. C'est justement le rôle d'une visite sur place que de les évaluer.


Qu'est-ce que vous préférez travailler dans une cuisine ?


Quand c'est possible, les îlots, les niches et les banquettes. Ce que je trouve le plus réussi dans mes cuisines de Grosrouvre et de Clairefontaine, c'est le travail de l'arrière de l'îlot.


À Clairefontaine, on a créé un effet de niche décorative : l'îlot est complètement intégré à la cuisine, on n'a pas un gros bloc devant soi.


À Grosrouvre, on a dessiné un îlot façon meuble de métier. Côté cuisine, des caissons de base. À l'arrière, des petits tiroirs en partie haute, puis des étagères et des poteaux. Là, c'est évidemment 100 % sur mesure.


Autre réalisation que j'aime beaucoup : créer une banquette avec des caissons de cuisine. On part d'une base standard, et on obtient un élément hyper fort et hyper pratique dans une cuisine à vivre : une petite banquette en L, dans le même design que la cuisine. Ça forme un ensemble très élégant.


Banquette sur mesure réalisée avec des caissons de cuisine, autour d’une table ronde en noyer et marbre

Qu'est-ce qui rend une cuisine vraiment personnalisée ?


À mon sens, ce sont tous les éléments qui viennent autour de la cuisine. Le choix d'une crédence particulière, d'une poignée, du mitigeur. Le choix des électroménagers, leur teinte, leur intégration. Des petites niches sur mesure, un papier peint. Le type de spots et d'éclairage : est-ce qu'on ajoute une petite applique décorative, une suspension ?


Ce sont ces détails qui apportent d'abord une touche de déco, et qui donnent le look d'une cuisine personnalisée.


Les poignées, par exemple : je vais très rarement les chercher chez les fournisseurs de cuisine. Je vais dans des quincailleries spécialisées : La Quincaillerie à Paris, le site Bouton et Poignée, ou Corston. Ça donne tout de suite un look à la cuisine.


Et j'ai une petite astuce : je prends une seule collection de poignées, et je mélange les barres et les boutons du même design selon les ouvertures. Une porte s'ouvre très bien avec un petit bouton ; un tiroir de 80 cm, plutôt avec une barre, c'est plus ergonomique. Et ce mélange dynamise la cuisine, il lui donne un look très vivant.


Et avec un budget plus serré ?


Je considère que le meilleur rapport qualité-prix en France aujourd'hui, c'est IKEA. Ce n'est pas la meilleure qualité, mais pour le prix, ce sont des cuisines qui durent de 10 à 15 ans, ce que je trouve tout à fait raisonnable.


Et une cuisine 100 % IKEA (caissons, façades, plan de travail) peut tout à fait avoir le look d'une cuisine haut de gamme, si elle s'inscrit dans un contexte chic et bien travaillé. Je fais souvent la comparaison avec la mode : si on est habillé 100 % H&M, ça fait un peu cheap. Mais si on mélange du H&M avec quelques belles marques, tout d'un coup, le H&M passe pour quelque chose de chic. IKEA, c'est pareil.


Une cuisine, ce n'est pas juste des meubles. C'est un sol, des peintures, des luminaires, des éléments de déco. Si on garde une cuisine IKEA mais qu'on va chercher un mitigeur hyper chic, une crédence dans de beaux matériaux, un sol de qualité et de beaux luminaires, la cuisine paraîtra chic. À l'inverse, une cuisine IKEA entourée uniquement de revêtements d'entrée de gamme ne le sera pas.


Et encore une fois, attention à la pose. IKEA reste de l'entrée de gamme : si ce n'est pas parfaitement posé, ça fera cheap.


Cuisine ouverte avec parquet point de hongrie dans un appartement rénové à Paris

Et pour avoir des façades sur mesure sans passer par un menuisier ?


Ma solution préférée : faire laquer des façades IKEA chez un laqueur. Attention, ce n'est pas une astuce d'économie, c'est une astuce esthétique. Elle permet d'avoir des façades sur mesure sans faire appel à un menuisier, dont la main-d'œuvre coûte extrêmement cher. Je l'ai fait il y a quelques années avec des façades IKEA à cadre. Ça a un coût, bien sûr, mais c'est une vraie façon d'obtenir une cuisine unique. On choisit sa couleur dans un nuancier, Farrow & Ball, Little Greene, Ressource… et on a une teinte originale.


Premier conseil : faire faire un test au laqueur, parce qu'on n'obtient jamais exactement la même couleur que sur le nuancier. Si le test nous plaît, on lui apporte toutes les façades dans son atelier, et il les laque. Le résultat est incroyable, très qualitatif.


Deuxième conseil, extrêmement important : on fait d'abord une pose à blanc. On pose toutes les façades, on découpe et on calibre parfaitement tous les éléments : fileurs, plinthes, façades. Et c'est seulement quand on est sûr d'avoir tout, et que tout est nickel, qu'on envoie l'ensemble chez le laqueur.


Sinon, ça devient vite une usine à gaz : quatre allers-retours chez le laqueur, des pièces à refaire quinze fois… Un laqueur doit travailler en volume. Sans pose à blanc, ça devient un enfer.


Comment lire un devis de cuisiniste sans se faire avoir ?


Les devis de cuisinistes sont toujours hyper complexes à lire : il y a les caissons, les façades, la quincaillerie… Le plus important, c'est d'avoir le plan d'élévation de toute la cuisine. En général, ils font aussi des vues en 3D.


Sur ces plans, chaque élément porte un numéro : quasiment tous les cuisinistes le font automatiquement. Demandez que chaque numéro soit chiffré dans le devis. Comme ça, vous savez quel caisson coûte cher, et vous pouvez arbitrer.


Il m'est arrivé de demander à un fournisseur des tiroirs spécial couverts, avec un intérieur en bois. En relisant le devis, je me suis rendu compte que chaque tiroir coûtait 500 €. Je les ai retirés : ça ne valait pas le coup.


Question flash : la plus belle dépense que vous ayez vue dans une cuisine ?


Faire laquer les façades chez un laqueur, comme je l'expliquais plus haut. Ça a un coût, mais ça donne à la cuisine un look incroyable.


Et la plus inutile ?


Acheter une marque. Les deux devis dont je parlais, à 60 000 € et à 120 000 €, étaient pour la même cuisine, avec pratiquement aucune différence entre les deux. Le devis à 120 000 € venait simplement d'une marque positionnée très haut de gamme.


Quand on paie une cuisine 120 000 €, on s'achète une marque. Beaucoup de clients aiment le faire, s'ils en ont les moyens, et c'est leur droit. Mais en tant qu'architecte d'intérieur, pour moi, c'est la dépense la plus inutile.



Vous avez un projet de cuisine ? Envoyez-moi un e-mail à clemence.porret@gmail.com pour prendre rendez-vous.

 
 
 

Commentaires


Contact

Clémence Weil (Porret), Architecte d'intérieur et Décoratrice

22 rue de l'église 78890 Garancières, Yvelines

clemence.porret@gmail.com  |  Tel: +33 (0)6 63 62 13 38

bottom of page